L’universalité des métiers

Travailleurs, travailleuses,

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Un peu comme lui, sauf que c’était pas lui et qu’il n’avait pas de lunettes. Je ne le voyais pas du même angle non plus, mais osef.

On vous exploite, on vous spolie! Et encore, c’est peu dire.

Quand j’ai commencé à travailler , j’étais un peu nerveux et j’avais pas mal d’appréhensions. Mon premier job était dans le bâtiment. Ou en cuisine, je ne me souviens plus vraiment, de toute façon, les deux sont assez durs. Quand une situation pareille se présente, je n’hésite pas à demander un petit coup de main à l’univers pour éclairer ma lanterne.  Bon, en général l’univers m’envoie chier.
Mais cette nuit là, elle m’a offert un rêve.

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La quintessence de tout métier: l’humilité.

Je me suis retrouvé dans un ancien monastère bouddhiste. Au fond de la pièce ou je me trouvais, une épaisse porte en bois avec des boiseries magnifiques. J’ouvre la porte et je vois un vieux moine assis à un petit bureau, en train de travailler justement. C’est un personnage récurrent dans mes rêves. Je le vois une fois tous les 3-4 ans, il me dit un truc, et je passe à nouveau 3-4 ans à y réfléchir. Il émane un profond recueillement de cet être, même pendant qu’il travaille. Pourtant, gérer un monastère ne doit pas être une tache aisée. Il hausse légèrement la tête pour me regarde du coin de l’œil. Et là il me dit : “Maintenant, tu vas apprendre l’universalité des métiers”.
Paf, je me réveille.

J’ai passé beaucoup de temps a essayer de comprendre ce qu’il voulait dire par là. Et je me suis aperçu qu’il y a effectivement une structure commune à tous les métiers.
On détruit, on nettoie, on construit, on nettoie, on fait les finitions, on nettoie. Ce qu’on remarque directement, c’est que dans tout métier, on passe beaucoup de temps à nettoyer. Les communistes font les malins avec le marteau et la faucille, mais personnellement j’attends encore toujours le mouvement de la pelle et du balais. Cette structure est un peu à l’image de l’œuvre alchimique : l’œuvre au noir, l’œuvre au blanc, l’œuvre au rouge. Ceci permet à un être humain de pleinement pouvoir s’épanouir et continuer son cheminement, même en exerçant son métier.
Le métier devient partie de la vie. On œuvre pour la collectivité comme on œuvre pour soi-même. C’est quelque chose de noble.

La première génération de pigeons

La première génération de pigeons

Cependant, c’est fini tout ça. Car les métiers c’est has-been. Depuis on a inventé le travail! Et avec ça le chômage.
Quelle misère! Fini la rigolade, fini l’épanouissement, fini les produits de qualité! Tout ça n’est pas assez rentable.

Uniforme de travailleur prêt à être plumé.

Uniforme de travailleur prêt à être plumé.

On a la main d’œuvre pour le faire, mais ça coute cher. Autant les mettre au chômage, comme ça c’est l’état qui raque pendant que le patron s’en fout plein les fouilles! De toute façon ce sont les mêmes qui achètent nos produits de merde.

Mais prenons un exemple concret pour bien démontrer cette situation. Un métier très courant à l’époque était celui de couturier ou tailleur. Ce métier remonte à la nuit des temps. C’est l’aiguille, plus que le feu, qui a permis à nos ancêtres de coloniser les vastes forets d’Europe. Il est donc normal que beaucoup d’entre nous ont cette vocation professionnelle. D’ailleurs chaque année on voit des hordes de nouveaux étudiants qui rentrent dans les écoles de stylisme. La plupart de ces jeunes ne trouveront jamais un boulot dans ce qu’ils aiment et ne connaitront donc jamais l’épanouissement dans leur taf. Pourtant des fringues on en met tous, et avec la mode certains en abusent même fameusement. Il n’y a donc pas de problème de demande.

C’est dommage tout ça, car c’est un très beau métier, celui de tailleur/couturier.  On découpe les morceaux de tissu selon les patrons (œuvre au noir), on les assemble minutieusement (œuvre au blanc) pour ensuite passer à l’essayage, observer comment le tissu tombe et faire les dernières retouches (œuvre au rouge). Bon, vous me direz qu’il y a là aussi des patrons, mais ceux-là au moins ne vous fouettent pas pour que vous travaillez plus vite.

Homme ayant saccrifié la créativité des autres pour mettre la sienne en avant.

Homme ayant sacrifié la créativité des autres pour mettre la sienne en avant.

Le souci, c’est que maintenant, un couturier sur mille va percer. Ensuite, ce qu’il crée, des tas de petits chinois, de bulgares, d’indiens, etc… vont le copier inlassablement. C’est pour ça qu’il y a la mode. Avant il y avait des tendances. Chaque couturier s’inspire de la tendance et va créer un vêtement unique pour la personne qui l’a commandé. La copie est la mort non seulement des métiers, mais aussi des objets possédant une âme. Quand un objet existe à 100000 exemplaires, il en perd son essence, son originalité. Imaginez qu’on vive dans un monde peuplé de clones, avec une 100aine de modèles d’humains différents. Ça serait ennuyeux hein? Pourtant c’est ce qu’il se passe.

Sweatshop chez nous

Sweatshop chez nous

Ce problème ne concerne pas que la couture, mais tous les métiers ou l’automatisation reste encore impossible. C’est-à-dire quasi tous… Car malgré toutes nos technologies, on est pas encore arrivés à recréer l’habilité des mains humaines. Tout est encore fabriqué dans des sweat-shops. Comme chez nous à l’époque de l’industrialisation. Cela peut sembler horrible et dégueulasse comme système, et ça l’est, mais pourtant ça n’est pas si dramatique que ça. On parle toujours de partager les richesses, mais soyons sérieux deux secondes, c’est pas comme si on allait vraiment donner plein de sous au tiers-monde. La seule solution pour eux de faire migrer nos capitaux, c’est de travailler comme des chiens pour deux fois rien.

Sweatshop là-bas, même combat.

Sweatshop là-bas, même combat.

Des milliards de gens qui travaillent pour une poignée d’euros par mois, ça semble dur, mais c’est sans doute la seule solution non-violente qu’on puisse trouver pour le moment. La Chine commence déjà à sortir du tiers-monde. Bientôt le reste suivra. Si leurs patrons ne s’en mettaient pas plein les fouilles, ça irait sans doute plus vite, mais le capitalisme est ce qu’il est…

On est en droit de se poser la question de ce qu’il se passera quand les choses se seront stabilisées, quand ces pays seront sortis de la misère et qu’on aura plus cette main d’oeuvre au cout ridicule. Et bien je vous le donne en mille : on réhabilitera les métiers.

Plus de travail, plus de chômage. Rien que des métiers et des gens faisant ce qu’ils aiment, par esprit de partage.

Piccolo

About Piccolo

Je suis la part déchue de Dieu et j'ai refusionné avec lui. Et avec Nail aussi.

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